
Le mythe de l'électricité bienfaisante et propre est ancien, pratiquement autant que l'usage à grande échelle de l'électricité elle-même. Le premier réseau électrique à entrer dans les habitations des particuliers a permis de chasser les lampes à gaz des maisons, et les nuisances et noirceurs provoquées par ces lampes. Les maisons étaient ainsi plus propres et plus sûres, grâce à l'électricité.
Pourtant les générateurs produisant cette l'électricité brûlaient plusieurs tonnes de charbon et rejetaient des dizaines de m³ d'eau particulièrement sale chaque jour, à quelques rues de là. Une pollution bien réelle, mais hors de la vue immédiate. Une mise en place du principe de pollution délocalisée.
Aujourd'hui le charbon est devenu plus difficile et moins rentable à exploiter, mais c'est l'énorme pollution provoquée par sa combustion pour produire de l'énergie qui dérange les pouvoirs publics et une majorité de citoyen-ne-s, après bien des années de laissez-faire, provoquant un engouement sans précédent pour les énergies dites "renouvelables".
Il ne faut pas pour autant enterrer les énergies fossiles, le charbon en particulier dont les réserves sont énormes (estimée à 900 milliards de tonnes, dont 480 de charbons bitumineux). Il est encore aujourd'hui la première source d'énergie pour les centrales électriques en Chine (80 % de la production d'électricité passe par la combustion de charbon), en Inde (70 %) ou au États-Unis (50 %)[1].
Il est également très utilisé en sidérurgie, et dans une moindre mesure en cimenterie.
Ainsi il semble très probable que l'exploitation du charbon puisse croître dans les décennies à venir, avec pour seul frein les impératifs écologiques, qui n'émeuvent que peu les industriels... Les projections de l'US Energy Information Administration prévoient que le charbon servira à produire 1 000 milliards de kilowattheures d'électricité supplémentaire d'ici à 2030, uniquement dans les centrales états-uniennes.

Les énergies renouvelables
Au premier rang des énergies renouvelables on trouve les énergies éolienne et solaire, suivies par l'hydroélectricité et la biomasse. La production d'énergie éolienne est par exemple passée de moins de 1 million de Kilowatt en 1990 à près de 17 millions en 2005[2] et le paysage français se couvre lentement de parcs éoliens. Dans le même temps, les projets de centrales solaires photovoltaïques se multiplient, comme dans le Gers à Ordan Larroque et Saint-Clar, ou à plus large échelle avec le plan solaire méditerranéen.
Ces énergies offrent l'énorme avantage de ne pas polluer (ou très peu) une fois le système de production mis en place.

Pourtant, il semble, malgré cette apparente propreté, que le tableau soit bien plus noir que prévu concernant la production et l'usage de l'électricité verte.
Un exemple frappant est le bilan énergétique de la Prius, une voiture hybride essence-électricité présentée comme une référence en matière de développement durable. Cette voiture "écologique" a, selon une étude de l'association Dust to Dust publiée en 2007, un bilan énergétique proche ou supérieur à d'énorme 4x4 comme la Land Cruiser ou la Porche Cayenne (voir ce PDF provenant de www.cnwmr.com ) !
Cette étude sur le bilan énergétique de la Prius est controversée, particulièrement par les industrielles du secteur automobile. Mais n'oublions pas, par exemple, qu'en 1994 les brillantes Académie des sciences et Académie de Médecine en France soutenait l'innocuité de l'amiante...
Alors quel crédit donner aux propos des industrielles protégeant leurs intérêts ?
Comment peut-on en arriver là ?
La multiplication des sources alternatives de productions d'électricité provoque une pression jamais atteinte sur les ressources minières, en particuliers le cuivre, le cobalt et le lithium, trois métaux très utilisés dans la construction de système de production d'électricité, mais aussi dans de très nombreux appareils électroniques. Cette pression amène une multiplication des mines à travers le monde, exploitées par de grands groupes occidentaux (comme le suisse Xstrata ou le français Areva) sans aucun respect, ni de l'environnement, ni des populations locales.

Concernant le cuivre
Sachant qu'une éolienne de 1,4 MégaWatt contient 4,4 tonnes de cuivres et que les cellules photovoltaïques contiennent environ 4 kilogrammes de cuivre par KiloWatt, 65 % de la production sont destinés à la production d'électricité ou à son acheminement. Le cuivre est également employé massivement pour le câblage des réseaux téléphoniques et Internet. Le réseau ADSL des États-Unis fait trois milliards de kilomètres !
Certaines mines de cuivres à ciel ouvert sont particulièrement impressionnantes, comme celle de Palabora en Afrique du Sud ou celle de Chuquicamata au Chili.
Elles sont aussi dangereuses.
Le trou béant de la mine de Palabora, qui fait environ 800 mètres de profondeur, a vu sa paroi nord s'effondrer. Cette mine n'est plus exploitée depuis 2002, sauf pour l'exploitation souterraine. Que faire aujourd'hui de cette friche industrielle gigantesque et instable ?

Concernant le cobalt
On estime que 40 % de la production de Cobalt est destinée à l'énergie électrique. L'exploitation du cobalt est à l'origine de grave trouble en République Démocratique du Congo, dans la région du Katanga (qui est également une source très importante de cuivre), suite à la cession des concessions minières à de grands groupes internationaux, puis à l'éviction des petits exploitants locaux. Le documentaire Katanga Business du réalisateur Belge Thierry Michel illustre cette nouvelle colonisation économique de la région.
KATANGA BUSINESS : un film de Thierry Michel
En 2004, l'ONG Global Witness, spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles, a publié le rapport "Ruée & ruine : le commerce dévastateur des ressources minières dans le sud du Katanga" (PDF).
Patrick Alley, le directeur de Global Witness déclare : « le pillage des ressources naturelles de la RDC continue de mettre en péril les opportunités de paix, de stabilité et de développement du pays. »
La corruption, les extorsions, les exportations illicites et surtout les conditions de travail effroyables sont le commun de cette région. « Des dizaines de creuseurs sont décédés ne serait-ce qu'en 2005, essentiellement après avoir été bloqués à la suite de l'éboulement d'un puits de mine », précise Patrick Alley. « Personne ne mène d'enquête sur ces morts ni n'agit pour empêcher que de nouveaux accidents ne se reproduisent. Le gouvernement semble ne manifester que de l'indifférence face à la tragédie de ces creuseurs, et les sociétés de négoce n'ont aucun scrupule à acheter des produits extraits dans de telles conditions, en sachant pertinemment que les creuseurs risquent leur vie au quotidien. »
Cette situation existe, et est maintenue par les exploitants occidentaux et africains, pour nous permettre de consommer l'électricité produite par nos éoliennes et panneaux solaires, de consommer notre électricité "propre".

Concernant le lithium

Le lithium arrive en force sur le marché des métaux depuis quelques années, en 5 ans son prix a été multiplié par 10, passant de 350 à 3000 € la tonne. Ce métal rare est primordial pour le domaine très porteur des batteries en tout genre. Il permet en effet de réduire considérablement la taille des batteries tout en augmentant leurs capacités de stockage.
Les mines en exploitation sont rares et bientôt épuisées, mais il existe une réserve énorme en Bolivie (50 % des réserves mondiales connues), au lac salé de Salar de Uyuni, qui fait saliver les grands groupes miniers internationaux.
Vincent Bolloré s'est allié au groupe minier français Eramet pour faire des propositions d'exploitation de ce gisement, soutenu par la présidence française actuelle qui multiplie les courbettes à l'égard d'Evo Morales, le président Bolivien.
L'uranium et le cas particulier de la France
La France est une exception mondiale au sujet de la production d'électricité, puisque que la part mondiale d'électricité nucléaire est de 20 % du total de l'électricité produite, contre 76,9 % en France. L'usage massif de l'électricité nucléaire dans ce pays a entrainé la création d'un champion de la destruction environnemental, Areva, qui exploite population et nature à la recherche d'uranium, puis pollue pour des centaines d'années (voir des milliers pour les déchets MAVL) des sites d'enfouissement de déchets.
La thématique de la gestion des déchets nucléaires est sur le devant de la scène en cette fin d'année 2009 avec la diffusion et la sortie en DVD du documentaire "Déchets, le cauchemar du nucléaire" de Laure Noualhat et Éric Guéret, réalisé par ce dernier, sur Arte.
Voici la bande-annonce du documentaire :
Une interview vidéo des auteurs est consultable sur le site d'Arte.
L'uranium voit ses réserves fondre, et on estime qu'elles représentent de quoi faire fonctionner le parc actuel de centrales nucléaires pendant 70 ans. Les ravages causés par la course à l'uranium qu'engendre cette pénurie à venir sont bien connus, en particulier ceux causés par Areva au Niger (voir cette article de Anna Bednik dans le Monde Diplomatique ou cette page de blog.mondediplo.net).
La vallée de Quebrada de Humahuaca en Argentine, pourtant classée au Patrimoine Culturel et Naturel de l'Humanité en juillet 2003 par l' UNESCO, est sous la menace des multinationales minières, qui déposent de multiples demandes de prospection (une cinquantaine fin 2008) sur l'ensemble de la Cordillère. Le gouvernement Argentin est favorable au nucléaire, et tout comme pour le cuivre ou le cobalt, la hausse des prix rend l'exploitation de l'uranium rentable dans des lieux jusque là relativement épargnés, ce qui laisse présager du pire.
Vous trouverez de nombreuses informations sur la lutte contre l'exploitation de l'uranium dans la province Argentine de Jujuy sur dunplateaualautre.over-blog.com/.
Conclusion
Ainsi, il semble une fois de plus que la bonne conscience écologiste en occident passe par l'exploitation et la destruction des ressources naturelles et des populations proches des gisements exploités par les multinationales de ces "riches" pays occidentaux. Rien n'est envisagé à haut niveau politique pour renverser cette situation. Quand à la remise en cause de notre mode de vie destructeur, gaspilleur et insoutenable à l'échelle planétaire sur le long terme, il se trouve systématiquement effacé au profit de nouveaux miracles scientifiques permettant de le préserver.
Cet aveuglement ne pourra pas durer bien longtemps...
Si vous aimez les documents statistiques, le Statistical Review of World Energy 2009, fournit par la société BP est une... mine pour se rendre compte de la pression exercée sur les ressources minières.
Je vous invite également à lire le formidable article d'Alain Gras, intitulé "L'électricité verte ?", paru dans le numéro 29 (Juillet-Septembre 2009) de la revue L'Écologiste.
Au sujet de l'exploitation de l'uranium en Argentine, l'article "Argentine: alerte à l'uranium, la Quebrada de Humahuaca, un site naturel menacé" de Roger Moreau, paru de la revue du réseau Sortir du nucléaire (n°40 - novembre 2008), est particulièrement instructif.







Commentaires
According to research papers that Sustainable energy is the provision of energy such that it meets the needs of the present without compromising the ability of future generations to meet their needs. A broader interpretation may allow inclusion of fossil fuels and nuclear fission as transitional sources while technology develops, as long as new sources are developed for future generations to use. A narrower interpretation includes only energy sources which are not expected to be depleted in a time frame relevant to the human race.
Sustainable energy sources are most often regarded as including all renewable sources, such as biofuels, solar power, wind power, wave power, geothermal power and tidal power. It usually also includes technologies that improve energy efficiency. Conventional fission power is sometimes referred to as sustainable, but this is controversial politically due to concerns about peak uranium, radioactive waste disposal and the risks of disaster due to accident, terrorism, or natural disaster
Linda J. Dykes